Privées de protection

Les femmes réfugiées en Égypte perdent leur droit à la protection contre les violences en ligne

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26 juillet 2026

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Un soir, Amina (ce n’est pas son vrai nom) a entendu la notification d’un message WhatsApp sur son téléphone. Elle a souri, pensant qu’il s’agissait d’une femme qui souhaitait qu’elle réalise un tatouage au henné. Mais dès qu’elle a ouvert le message, la peur s’est emparée d’elle et ses mains se sont mises à trembler. Le message contenait une menace de mort, suivie d’autres messages accompagnés de photomontages.

Amina, âgée de trente-six ans, est une demandeuse d’asile soudanaise et mère de trois enfants, dont l’aîné est âgé de quinze ans. Depuis son arrivée en Égypte en 2024, elle est la cible d’un flot ininterrompu de messages menaçants envoyés par le frère de son ex-mari, l’oncle de ses enfants, harcèlement qui s’est finalement transformé en agressions physiques. Au début, elle ne comprenait pas comment son ex-beau-frère avait pu la retrouver. Elle a ensuite compris qu’il avait piraté son compte Facebook et réussi à la localiser. Bien qu’elle ait sollicité l’aide du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Caire et de ses organisations partenaires, elle s’est vite rendu compte que personne ne pouvait la protéger contre ces menaces et ces violences incessantes.

Cette enquête montre que le HCR ne parvient pas à apporter un soutien aux femmes victimes de violence numérique, car il ne considère pas celle-ci comme une forme de violence fondée sur le genre devant être signalée et, par conséquent, n'offre aucune protection aux victimes. Le dernier déficit de financement du HCR a aggravé la situation, laissant les femmes réfugiées et demandeuses d'asile ayant besoin d'un tel soutien à la merci de leurs agresseurs, qui continuent de les maltraiter et de les faire chanter.

Outre Amina, notre journaliste a rencontré trois autres femmes victimes de violences en ligne. Aucune d’entre elles n’avait reçu de soutien ni d’aide juridique, psychologique ou matérielle de la part du HCR ou de ses organisations partenaires.

Dans le cadre d’une enquête menée auprès de 140 réfugiées et demandeuses d’asile ayant subi des violences numériques, 91 d’entre elles ont signalé leur situation au HCR ou à ses organisations partenaires. Pourtant, seule une femme sur cinq ayant sollicité l’aide du HCR a effectivement bénéficié d’une assistance. L’initiative « Aoun » quant à elle, a recensé 28 cas de violence numérique, tandis que l’initiative « Meddad », qui soutient les réfugiés, a traité trois cas de violence numérique. Par ailleurs, six victimes de menaces en ligne ont contacté le réseau « Qawem », qui vient en aide aux victimes d’extorsion.

Violence transfrontalière

Il y a près de deux ans, Amina s’est enfuie en Égypte avec ses trois enfants. Au-delà de la brutalité de la guerre au Soudan, les années de violences conjugales et domestiques qu’elle et ses enfants avaient subies ont été un facteur déterminant dans sa décision de fuir le pays. Bien qu’elle ait obtenu le divorce en 2021, cela n’a pas mis fin au cycle de violences qu’elle et ses enfants continuaient de subir. Elle pensait que le simple fait de franchir la frontière égyptienne lui apporterait enfin la sécurité dont elle rêvait. Mais elle était loin d’imaginer que ce qu'elle fuyait la poursuivrait, elle et ses enfants, jusqu’au Caire.

Amina explique que les violences commises par son beau-frère ont commencé il y a dix ans, lorsqu’il a agressé sexuellement sa nièce aînée. Elle raconte que son mari l’a menacée de divorcer si elle révélait cet incident. Malgré cette menace, elle a emmené sa fille passer un examen médical. Les violences se sont poursuivies jusqu’au divorce d’Amina en 2021, après quoi elle est allée vivre chez sa famille. Lorsque la guerre a éclaté au Soudan, elle s’est enfuie avec ses enfants en Égypte.

Amina s'est vu remettre une carte de demandeuse d'asile, également appelée « carte jaune », et a commencé à travailler comme tatoueuse au henné et coiffeuse, utilisant les réseaux sociaux pour trouver des clients. Mais sa vie n'était pas aussi paisible ni aussi sûre qu'elle l'avait espérée, car son ex-mari et l'oncle des enfants ont rapidement commencé à la harceler.

Au début, elle s’est contentée de bloquer son numéro, mais le harcèlement en ligne s’est rapidement transformé en violence physique, au point qu’elle a dû déménager à neuf reprises.

« Dès le jour où je suis arrivée en Égypte, le père de mes enfants m’a menacée, même si, six mois après mon installation dans le pays, je l’ai rencontré devant le siège du HCR, où nous avions convenu de faire la paix », raconte Amina. « Je lui ai dit qu’il pouvait rendre visite aux enfants à la maison, mais j’ai ensuite été choquée d’apprendre par ma fille cadette qu’il les appelait après mon départ au travail et leur disait qu’il voulait les emmener sans que je le sache ». Amina précise que cette même menace lui a été adressée dans des messages WhatsApp qu’elle a reçus de la part de l’oncle des enfants.

En plus des visites secrètes du père à ses enfants, leur oncle s’est introduit de force à deux reprises dans son appartement. La première fois, elle a appelé les voisins à l’aide et il s’est enfui. Mais la deuxième fois, il s’en est pris à Amina et l’a frappée, lui laissant l’épaule gauche contusionnée et enflée.

La raison pour laquelle le beau-frère d’Amina l’a agressée et a continué de la menacer de mort est qu’il voulait contraindre sa fille aînée à se marier, ce qu’Amina refuse catégoriquement. Alors que le harcèlement et les menaces s’intensifiaient, Amina a contacté le HCR et ses organisations partenaires pour demander une protection. Elle s’est également rendue au siège de CARE International, mais n’a reçu aucune réponse adaptée.

Formes de violence numérique subies par les femmes réfugiées et demandeuses d'asile en Égypte

Le HCR ferme les yeux

En vertu du protocole d'accord signé avec le ministère égyptien des Affaires étrangères, le HCR est chargé de fournir toute une gamme de services. Ceux-ci comprennent l'enregistrement des réfugiés et la détermination de leur statut, les services de protection, l'aide à la subsistance, le soutien en matière de santé et d'éducation, la protection de l'enfance, l'aide financière aux plus démunis, la réinstallation et le retour volontaire vers les pays d'origine, ainsi que le soutien aux communautés d'accueil afin de renforcer leur capacité à accueillir des réfugiés.

Le HCR collabore avec 14 autres organisations partenaires afin d’assurer des services de protection, de santé, ainsi qu’un accompagnement physique, psychologique et juridique, tout en offrant une protection contre différentes formes de violences fondées sur le genre. Cependant, la violence en ligne ne figure pas parmi les formes de violence fondée sur le genre répertoriées sur le site web du HCR.

Types de violence fondée sur le genre pour lesquels le HCR apporte son soutien et sa protection

Viol et agression sexuelle

Viol et agression sexuelle

Violence conjugale

Violence conjugale:

violence exercée par une personne avec laquelle la victime entretient une relation, qu’il s’agisse d’un partenaire ou d’un conjoint.

Harcèlement sexuel

Harcèlement sexuel:

comportements sexuels non désirés, tels que des attouchements, des baisers ou des demandes de faveurs sexuelles.

Underage or child marriage

Mariage précoce ou mariage d’enfants

Human trafficking

Traite des êtres humains

Mutilations génitales féminines

Mutilations génitales féminines

Crimes d’honneur

Crimes d’honneur

Prostitution forcée

Prostitution forcée

Pour Siham Ali, avocate soudanaise vivant en Égypte, si le HCR n’inclut pas la violence numérique parmi les cas pour lesquels il offre une protection, c’est parce qu’il se concentre sur les personnes les plus vulnérables. Ces « cas vulnérables » sont ceux où la vie des réfugiés est en danger et comprennent notamment les femmes victimes de violences domestiques, les victimes de violences sexuelles, y compris les personnes homosexuelles, ainsi que les familles monoparentales. Si un réfugié est en danger, son cas est examiné afin de déterminer s’il peut bénéficier d’un transfert vers un pays tiers, susceptible de lui offrir une protection permanente et les droits nécessaires, dans le cadre d’un processus appelé « réinstallation ».

Selon Siham Ali, on parle de violence numérique dès lors qu'une personne profère des menaces par téléphone, sur WhatsApp ou via tout autre réseau social. Cependant, le HCR n'examine les cas de violence numérique que lorsqu’ils débouchent sur des agressions physiques et n'apporte alors ni soutien ni protection à la victime. Ce n'est que lorsque la violence numérique se transforme en agression physique et que la vie du réfugié est en danger que le HCR peut intervenir, explique Siham Ali.

Shaimaa Sami, directrice de l’initiative « Meddad » pour le soutien aux réfugiés, juge incompréhensible que le HCR exclue la violence numérique de la catégorie des abus pour lesquels il apporte son soutien ou son aide, d’autant plus que l’ONU reconnaît la violence numérique dans d’autres contextes. Elle estime que même si la violence numérique était incluse dans cette catégorie, elle serait probablement reléguée au deuxième ou troisième rang des priorités, bien qu’elle puisse parfois conduire à des violences physiques.

La fondatrice de « Meddad », Shaimaa Sami, explique que le HCR a réagi efficacement au cours des trois premiers mois de la guerre au Soudan, en enregistrant les réfugiés et en leur apportant le soutien nécessaire. Elle affirme cependant que ses performances se sont ensuite détériorées, certaines réfugiées le trouvant peu réactif.

Dans notre enquête, sur les 140 femmes réfugiées et demandeuses d'asile ayant été victimes de violence numérique, 91 ont sollicité l'aide du HCR ou de ses organisations partenaires. Cependant, près de 80 % d'entre elles n'ont reçu ni aide ni soutien psychologique, juridique ou financier. Seule une femme sur cinq a bénéficié de la protection du HCR.

Aucune solution viable

Dans le cas d’Amina, la violence en ligne s’est transformée en violence physique lorsqu’elle a été battue, comme en atteste un rapport d’examen médical établi par un hôpital public. Mais cela n’a toujours incité aucune des organisations concernées à agir.

Après avoir été battue, Amina a tenté de demander de l’aide à CARE International, mais n’a pas pu accéder à ses bureaux. Elle s’est alors tournée vers St. Andrew’s Refugee Services, où les responsables lui ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas lui offrir de protection et l’ont redirigée vers CARE. Amina a ensuite contacté Save the Children via WhatsApp, mais on lui a répondu que son cas relevait lui aussi de la compétence de CARE. Finalement, elle est retournée au siège de CARE et a attendu à l’extérieur jusqu’à ce qu’on l’autorise à entrer.

Amina a expliqué sa situation à une employée de CARE. Celle-ci lui a répondu que l'organisation n'avait aucune obligation de lui assurer une protection, qu'elle devait se rendre au poste de police pour porter plainte contre l'homme qui l'avait agressée, puis chercher un autre logement.

Amina a jugé les suggestions de CARE « inutiles », car elles risquaient de l'exposer à des risques encore plus importants. Selon des défenseurs des droits de l'homme, si elle portait plainte auprès de la police sans disposer d’un titre de séjour valide, elle s'exposerait à un risque encore plus grand.

La législation égyptienne prévoit effectivement une protection contre la violence numérique. L'article 18 de la loi n° 175 de 2018 relative aux délits informatiques stipule que « toute personne qui endommage, rend inutilisable, dissimule ou pirate un courrier électronique, un site web ou un compte appartenant à un particulier est passible d'une peine d'emprisonnement d'au moins un mois et d'une amende comprise entre cinquante mille et cent mille livres égyptiennes, ou de l'une de ces deux peines ».

L'article 25 de cette même loi stipule que toute personne qui porte atteinte aux principes et aux valeurs de la famille égyptienne, viole le caractère sacré de la vie privée, envoie à plusieurs reprises des messages électroniques à une personne sans son consentement, utilise de manière abusive des données à caractère personnel à des fins commerciales, ou publie, via Internet ou d'autres technologies de l'information, des contenus portant atteinte à la vie privée d’une personne sans son consentement, qu’ils soient vrais ou faux, est passible d’une peine d’emprisonnement d’au moins six mois et d’une amende comprise entre 50 000 et 100 000 livres égyptiennes, ou de l’une de ces deux peines.Amina doit attendre encore trois ans avant de pouvoir porter plainte contre son ex-mari et son frère. En effet, la Fondation égyptienne pour les droits des réfugiés, partenaire juridique du HCR, a refusé de l'aider à déposer plainte auprès de la brigade chargée de la cybercriminalité sur la base des messages WhatsApp qu’elle avait conservés, au motif qu'elle ne disposait pas d'un titre de séjour valide. Or, ce titre ne lui sera délivré qu'en septembre 2028.

Amina n'est pas la seule à ne pas pouvoir engager de poursuites judiciaires faute de titre de séjour. Selon Shaimaa Sami, l'initiative « Meddad » pour le soutien aux réfugiés qu'elle a créée accompagne actuellement trois femmes soudanaises victimes de violence numérique, dont l'une n'a pas pu engager de poursuites judiciaires parce qu’elle ne disposait pas d'un titre de séjour valide. Par ailleurs, deux des femmes ayant répondu à notre enquête ont indiqué que diverses institutions avaient refusé de les aider pour la même raison.

Shaimaa Ali estime que les perspectives sont sombres pour les femmes réfugiées et demandeuses d’asile, qui doivent faire face à de longs délais d’attente pour obtenir un titre de séjour, d’autant plus que « Meddad » et d’autres organisations de la société civile ne disposent d’aucun autre moyen de leur fournir une aide juridique pendant cette période.

Manque de financement

Maître Dalia Saeed, fondatrice de l’initiative « Aoun », estime que le nombre élevé de personnes ayant besoin de l’aide du HCR témoigne de l’incapacité de l’organisation à traiter les cas de violence numérique. Maître Siham Ali partage cet avis et affirme que le HCR est soumis à une pression extrême et ne dispose ni des ressources financières ni du personnel nécessaires pour prendre en charge tous les cas. Il ne peut donc offrir une protection que dans les cas les plus graves, qui n’incluent généralement pas la violence numérique.

Siham Ali souligne qu’avant la crise de financement, le HCR offrait des services de protection aux réfugiés en leur louant un nouvel appartement et en prenant en charge leur loyer pendant trois mois. Aujourd’hui, en revanche, il ne paie qu’un mois de loyer et ne couvre aucune dépense supplémentaire, qu’il s’agisse des frais de déménagement, du transport des meubles ou des honoraires d’agence.

En Égypte, le HCR est confronté à un déficit de financement d’environ 63 % du budget nécessaire pour assurer ses services. Il ne dispose que de 51 millions de dollars sur les 137,7 millions dont il a besoin. En ce qui concerne la lutte contre les violences fondées sur le genre, seuls 20 % des fonds nécessaires sont disponibles, soit 2,8 millions de dollars sur un besoin total de 13,9 millions.

Sept des huit organisations qui assurent une protection contre les violences fondées sur le genre, notamment CARE International, n’ont pas reçu les fonds nécessaires pour fournir ces services. Le HCR, quant à lui, a reçu 1,7 million de dollars, soit 109 % des 1,6 million de dollars nécessaires au financement des services de protection contre les violences fondées sur le genre.

La Fondation égyptienne d'Aide aux Réfugiés, partenaire officiel du HCR, n'a pas non plus reçu les fonds nécessaires pour assurer les services de protection générale destinés aux réfugiés présents sur le territoire. Parallèlement, le HCR s'est vu allouer 9,2 millions de dollars pour ces services, soit un peu plus de 50 % des 17,6 millions de dollars nécessaires.

Mais Shaimaa Sami, de l'initiative « Meddad », ne pense pas que le manque de financement explique à lui seul pourquoi les femmes réfugiées ne reçoivent pas d'aide. Elle souligne que, lorsqu'elles tentent de contacter le HCR ou ses organisations partenaires, elles n'obtiennent souvent aucune réponse, sans même parler d'une aide concrète. Elle estime que les conséquences du manque de financement ne devraient pas retomber sur les épaules des femmes réfugiées. C'est au contraire au HCR qu'il incombe de trouver des solutions pour remédier à ses propres défaillances.

L'avocate soudanaise Siham Ali défend la position du HCR face aux cas de harcèlement en ligne. Elle reconnaît toutefois que "« le HCR ne parvient pas à prendre correctement en charge les cas de violence numérique » et qu'il n'est pas en mesure d'assurer une telle protection, notamment en raison des capacités limitées de son personnel.

Le HCR emploie 356 agents locaux en Égypte, ainsi que 35 agents internationaux. Ces 391 employés sont chargés d’assurer le suivi de 1 069 155 réfugiés et demandeurs d'asile enregistrés auprès du HCR dans le pays. Autrement dit,un employé est responsable d'environ 2 700 réfugiés.

L'initiative « Aoun » a proposé que le HCR élargisse sa coopération pour inclure des organismes et des organisations indépendants qui soutiennent les victimes de violence numérique, plutôt que de limiter ses services à ses partenaires actuels.

L’inaction du HCR et de ses organisations partenaires face à la situation d'Amina l'a contrainte à abandonner son métier de tatoueuse au henné et d'esthéticienne, car elle dépendait de ses comptes sur les réseaux sociaux, qui avaient été piratés. Elle a donc perdu sa principale source de revenus et a dû se tourner vers le travail domestique.

Amina reçoit 3 000 livres égyptiennes (soit 63,09 dollars selon le taux de change du 30 novembre 2025) du Programme alimentaire mondial (PAM), une somme qui couvre tout juste le loyer de l'appartement où elle vit. Au cours des deux derniers mois, elle a accumulé 6 000 livres égyptiennes de loyers impayés (soit 126,18 dollars). De plus, le propriétaire lui a demandé de payer 800 livres (16,82 dollars) pour l'électricité et 700 livres (14,72 dollars) pour l'eau.

Sa situation s'est encore détériorée. Incapable de payer son loyer ainsi que ses factures d'eau et d'électricité, Amina a été contrainte de quitter son domicile.

Amina a besoin d’un soutien psychologique, tant pour elle-même que pour ses enfants, qui ont du mal à dormir et sont sujets à des crises de colère. Elle a également besoin d’aide pour sa fille aînée, qui souffre de convulsions, d’incontinence et de troubles de la parole. Amina espère trouver un endroit où vivre en sécurité, à l’abri de toute menace pour elle et ses enfants.

En réponse à la plainte d’Amina, qui dénonçait le fait que son cas avait été ignoré, le HCR a déclaré qu’il prenait au sérieux tous les signalements émanant de femmes et de filles réfugiées, y compris ceux concernant le harcèlement ou la violence numérique. Il a souligné que, n’étant pas un organisme chargé de l’application de la loi, il n’avait pas le pouvoir d’enquêter sur des infractions ni de poursuivre les auteurs. Il a toutefois précisé qu’il s’efforçait d’informer les victimes de leurs droits et des moyens de les faire valoir.

Le HCR souligne que le harcèlement en ligne et les autres formes de violence numérique constituent des infractions au regard de la législation égyptienne et qu’il aidera les femmes réfugiées qui souhaitent porter plainte auprès de la police et engager des poursuites judiciaires en assurant le suivi de leur dossier et en leur fournissant une assistance juridique. Les autorités gouvernementales demeurent toutefois les seules à disposer de la compétence juridique nécessaire et des moyens d’application de la loi pour enquêter sur ces infractions et poursuivre leurs auteurs. Elles seules peuvent prendre les mesures juridiques appropriées et déterminer la manière de traiter chaque cas.

Le HCR ajoute qu’il reconnaît les risques accrus auxquels sont confrontés les réfugiés et les demandeurs d’asile et qu’il propose aux femmes réfugiées qui signalent de tels incidents des services de prise en charge confidentiels, un soutien psychologique et social, ainsi que des plans personnalisés pour assurer leur sécurité. Les victimes d’abus bénéficient également d’une aide pour comprendre leurs options juridiques, faire face aux procédures administratives et judiciaires et obtenir les documents nécessaires pour prouver leur statut juridique et faire valoir leurs droits.

Le HCR souligne que ses partenaires juridiques proposent aux réfugiés des permanences juridiques sans rendez-vous, ainsi que des réunions organisées tous les deux mois consacrées aux questions juridiques. Ils fournissent également un soutien spécialisé aux victimes de harcèlement en ligne afin qu’elles puissent entreprendre des démarches judiciaires et accéder à des services de protection adaptés.

Concernant le conflit au Soudan, le HCR déclare : « Depuis le début du conflit au Soudan en 2023, l’Égypte a connu un afflux sans précédent de personnes fuyant leur pays. Le HCR a enregistré plus d’un million de réfugiés et de demandeurs d’asile de diverses nationalités en Égypte. Le gouvernement estime que 1,5 million de Soudanais ont cherché refuge en Égypte au cours de cette période. Bien qu’un grand nombre d’entre eux vivent dans des conditions comparables à celles des demandeurs d’asile, tous ne se sont pas enregistrés auprès du HCR. Par conséquent, le HCR n’est pas en mesure de leur fournir une protection complète ni une assistance adaptée, malgré leur extrême vulnérabilité. Nous nous efforçons de renforcer notre action auprès des communautés et de sensibiliser à l’importance de la protection internationale et de l’enregistrement des réfugiés auprès du HCR, première étape indispensable pour accéder à l’aide ».

Le HCR reconnaît des lacunes dans ses services de protection, qu’il attribue à l’insuffisance des financements, laquelle a mis à rude épreuve ses propres opérations ainsi que celles de ses partenaires. Les services de protection, y compris la prise en charge des dossiers, ne sont pas en mesure de répondre à l’ensemble des besoins. La priorité est donc accordée aux femmes dont la sécurité est directement menacée.

Le HCR affirme appliquer cette approche à l’ensemble des groupes ayant besoin de protection, et pas uniquement aux victimes de violence numérique. Selon lui, cette politique reflète son engagement à veiller à ce que les personnes les plus exposées reçoivent une assistance vitale au moment où elles en ont le plus besoin.

Le HCR reconnaît également que les femmes et les filles réfugiées peuvent se heurter à des obstacles pour obtenir de l'aide, notamment des difficultés à contacter les services aux heures de pointe ou l’absence des documents nécessaires pour engager des procédures judiciaires. Le HCR reconnaît l'importance de lutter contre la violence en ligne. Il réaffirme son engagement à continuer de renforcer ses actions de sensibilisation et de communication afin de garantir que les femmes victimes de tels abus sachent que ces services existent et puissent y accéder en toute sécurité.

Le HCR conclut sa réponse à ARIJ en affirmant qu’il « continue de jouer un rôle central dans la facilitation de l’accès à la justice grâce à ses partenaires juridiques, en apportant un soutien complet. Celui-ci comprend des conseils juridiques, une aide à la rédaction de rapports, des services de soutien psychologique et social, l’accès des réfugiés aux informations essentielles sur les services disponibles et les démarches à suivre pour obtenir de l’aide, ainsi que la mise à disposition de ces informations sur le site d’assistance du HCR en Égypte ».

Pendant ce temps, Amina et ses enfants restent prisonniers d’un système de protection insuffisant, pris au piège entre le manque de financement et les obstacles à l’accès à la justice. Elle n’a qu’un seul souhait : « tout ce dont j’ai besoin, c’est que mes enfants soient en sécurité ».

Cette enquête a été réalisée avec le soutien d’ARIJ.

Cette enquête a été publiée en arabe sur:
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