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Cette enquête contient des scènes qui peuvent ne pas convenir à certains spectateurs

Les crocs d'Israël

Comment l'Europe fournit à Tel Aviv des chiens d'attaque brutaux

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Mahmoud ElSobky
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14 juin 2026

Cette enquête révèle comment Israël utilise des chiens militaires, importés de pays européens, comme armes contre les civils palestiniens dans les territoires palestiniens occupés, en particulier dans le cadre de la guerre qu’il mène actuellement contre Gaza et la Cisjordanie. Elle montre également que les entreprises européennes spécialisées dans le dressage de chiens militaires enfreignent manifestement les normes éthiques et juridiques en les vendant à Israël.

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Dans l’un des quartiers de l’est de Gaza, où les murs mêmes des maisons délabrées évoquent la peur, Hajj Omar Youssef, un homme d’une septantaine d’années, est assis et raconte ce qui lui est arrivé comme s’il avait survécu à une terrible tempête. Il ne s’agissait pas d’une arrestation ni d’une incursion militaire ordinaire. Il décrit cette expérience comme "avoir été traqué corps et âme par un chien de guerre".

Hajj Omar raconte les détails de l'attaque, restée gravée dans sa mémoire : "J'étais assis sur le toit de ma maison à moitié détruite, quand un char est apparu du côté de l'atelier tout proche… il avançait à toute vitesse. Derrière la maison, il a fait demi-tour. J’ai essayé de descendre, mais j’ai été surpris de voir des soldats s’infiltrer par l’arrière… Ils sont entrés d’un seul coup, toute une unité… six hommes".

Ils ont immédiatement lâché un énorme chien sur le toit, équipé d'une caméra fixée sur la tête. Ils ont crié au chien en hébreu : "Tbitou", ce qui signifie "attrape-le", puis ils sont restés là à observer ce qui se passait sur l'écran d'un appareil portable que l'un d'entre eux tenait à la main.

L’attaque du chien

L'énorme chien s'est jeté sur l'homme de 70 ans, le mordant au bras et déchirant ses vêtements. Il a attaqué le bras de Hajj Omar avec une telle violence que ses dents se sont enfoncées jusqu'à l'os. Omar décrit la réaction des soldats : "J'ai crié: ‘Les gars, les gars, le chien me mord ! À l'aide !’ Mais ils s'en moquaient".

Le chien ne s’est pas contenté de mordre, il a traîné Omar du troisième étage jusqu’au rez-de-chaussée, où un officier israélien l’attendait.

Hajj Omar ajoute: "Le dresseur a attrapé le chien, l’a maintenu entre ses jambes et lui a donné une friandise en guise de récompense, comme pour lui dire: ‘Tu as attrapé un lion, pas un être humain’. Ils ne semblaient pas comprendre qu’ils venaient d’attaquer un être humain".

Saignant abondamment, Omar a été contraint de se rendre dans sa cuisine, où les soldats lui ont ordonné de se déshabiller entièrement. Lorsqu’il a supplié qu’on lui vienne en aide, tant la douleur que l’hémorragie étaient intenses, ils n’ont rien fait. "J’ai dit que j’avais besoin d’un médecin, que je saignais, mais l’officier m’a répondu: ‘attends, on t’emmènera dans un moment’. Il était évident que tout ce qui les intéressait était que le chien ait accompli sa mission".

Après cela, il a été traîné de maison en maison à travers des trous dans les murs. Hajj Omar décrit cette nuit-là en ces termes: "Je suis passé de ma maison à celle de mon voisin, puis à une troisième maison… toute la nuit, je hurlais de douleur".

Une nuit entière à saigner

Omar a continué à saigner jusqu'à sept heures du matin, sans recevoir le moindre soin. Puis, finalement, l'un des soldats lui a tendu une serviette blanche en lui disant, comme pour se moquer de lui: "Voici ta serviette de la paix".

L'unité Oketz... Histoire et évolution

En 1939, l'unité canine secrète de la police et de l'armée Oketz (‘morsure’ en hébreu), également connue sous le nom d'Unité 7142, a été créée au sein de la Haganah. Elle a toutefois été dissoute en 1954.

En 1974, à la suite d'une série d'attaques contre Israël au début des années 1970, une nouvelle unité a été mise en place à la base de Sirkin (au nord-ouest de Kfar Sirkin, dans le centre d'Israël). Elle a commencé avec seulement onze recrues, avant de s’agrandir pour en compter des centaines.

Jusqu'en 1988, l'unité Oketz opérait dans le plus grand secret, avant de devenir un élément officiel des opérations militaires israéliennes. L'unité Oketz s'appuie presque exclusivement sur des chiens de guerre importés d'Europe, dont 99% sont fournis par des entreprises spécialisées dans l'élevage de ces races. Parmi celles-ci figurent le malinois belge, ainsi qu'un nombre plus restreint de bergers allemands et de labradors britanniques.

Sur les quelque 300 soldats qui postulent chaque année pour rejoindre l'unité Oketz, seuls 25 sont sélectionnés après avoir passé des tests rigoureux. L'unité bénéficie du soutien d'organisations non gouvernementales dans des pays comme les États-Unis, où des fonds sont collectés pour elle sous la bannière "American Friends of Oketz". Cette organisation se consacre à l'établissement de liens solides de soutien et de solidarité entre la société américaine et l'unité Oketz. De plus, la Fondation Oketz en Israël dispose d'un site web qui recueille des dons pour l'unité.

Selon John Spencer, titulaire de la chaire d'études sur la guerre urbaine au Modern War Institute (à l'Académie militaire des Etats-Unis de West Point, à New York), l'armée israélienne lui a indiqué, lors d'une visite de terrain au camp de l'unité Oketz, qu'elle achète environ 70 chiens par an, dont 99% proviennent d'Europe. Elle cherche à se procurer des chiens âgés d'un an, afin de trouver un juste équilibre entre leur maturité physique et leur capacité à être dressés.

Chaque jeune chien coûte environ 10 000 dollars américains, voire davantage, selon le correspondant militaire de la chaîne de télévision israélienne Channel 12.

Les autorités israéliennes soumettent ces chiens à un programme d'entraînement intensif de deux ans, au cours duquel ils apprennent à accomplir de multiples tâches. Celles-ci comprennent des attaques en situation de combat, la détection d'explosifs et le repérage de tunnels.

L'unité opère en petites équipes, chacune composée d'un commandant, d'un commandant adjoint et de deux maîtres-chiens, chacun accompagné de deux chiens. Les soldats servent entre trois et quatre ans dans l'unité. Chaque chien est opérationnel entre six et huit ans.

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Le 3 janvier 2025, des rapports militaires israéliens ont révélé que l'unité avait perdu 42 chiens militaires depuis le début de la guerre à Gaza. Cela confirme à quel point ces chiens sont utilisés dans les opérations de combat, quelle que soient les dangers encourus ou l'ampleur des pertes subies. À titre de comparaison, seuls trois chiens avaient été tués lors de l'opération "Plomb durci" dans la bande de Gaza en janvier 2009.

Chronologie de l'unité Oketz

1939

L'unité "Oketz" a été créée au sein de l'organisation Haganah.

1954

L'unité est dissoute et cesse ses activités.

1974

L'unité est rétablie sous le commandement de Yossi Labock, un expert en dressage canin, qui devient le premier commandant de l'unité moderne.

1988

Après avoir opéré dans le plus grand secret, "Oketz" est officiellement reconnue comme faisant partie intégrante des opérations militaires israéliennes.

Les chiens comme instrument de guerre: Un modèle de répression qui s’étend jusqu’en Palestine

Le Dr Tarsis Brito, chercheur postdoctoral à la London School of Economics, souligne les similitudes entre l'utilisation de chiens de guerre en Israël et certaines pratiques coloniales du passé: "Depuis des siècles, les chiens policiers sont utilisés comme une arme pour maintenir le pouvoir colonial, des Amériques à la répression des révoltes d'esclaves en Haïti. Aujourd'hui, cet héritage sinistre se perpétue en Palestine, où ces chiens servent à la fois à dominer et à déshumaniser".

Il explique la dimension psychologique du recours aux chiens dans ce contexte, en soulignant que la crainte d'être attaqué par un chien suscite des peurs profondes et instinctives liées à la prédation, une stratégie utilisée par les "maîtres-chiens" pour semer la terreur et imposer la soumission.

Le malinois belge: la race préférée de l'unité Oketz

L’unité Oketz privilégie le malinois belge par rapport à d'autres races, telles que le berger allemand et le rottweiler, en raison de ses performances supérieures sur le terrain. Élevés à l'origine en Belgique comme chiens de berger, les malinois ont fait leurs preuves dans de nombreuses missions militaires et de sécurité.

Belgian Malinois

Malinois belge

Origine Belgique
Hauteur 56-66 cm
Poids 20-30 Kg
Couleur: brun doré avec un masque noir

Caractéristiques physiques et comportementales: extrêmement rapide, intelligent, puissant, très réactif, capable de sauter et de grimper.

Usages militaires et sécuritaires: chien de guerre et de police, recherche et sauvetage, détection d'explosifs et de drogues, pistage de suspects, attaque de cibles humaines si nécessaire.

Utilisation dans l'armée israélienne: Ce chien est considéré comme le pilier de l'unité Oketz. Il est utilisé lors d’incursions nocturnes, pour pister des Palestiniens, attaquer des individus, explorer des tunnels à Gaza et disperser des foules en Cisjordanie.

Berger allemand

Berger allemand

Origine Allemagne
Hauteur 55-65 cm
Poids 22-40 kg
Couleur: brun, gris et parfois blanc

Caractéristiques physiques et comportementales: grande force physique, intelligence exceptionnelle, loyauté envers son maître, capacité à supporter des conditions difficiles, instinct de garde très développé.

Usages militaires et sécuritaires: surveillance d'installations, recherche de drogues et d'explosifs, contrôle des foules, recherche et sauvetage.

Utilisation dans l'armée israélienne: utilisé pour sécuriser les bases militaires israéliennes, opérer au sein d’unités cynophiles spécialisées, rechercher des armes et de la drogue aux postes de contrôle militaires israéliens et attaquer les Palestiniens lors d'arrestations.

Rottweiler

Rottweiler

Origine Germany
Hauteur 56-69 cm
Poids 35-60 kg
Couleur: Noir avec des marques brunes sur le museau, la poitrine et les pattes

Caractéristiques physiques et comportementales: Musculature puissante, prudent et agressif lorsqu’il se sent menacé, capacité à protéger et à attaquer rapidement, grande force mentale.

Usages militaires et sécuritaires: Protection personnelle, garde d'installations militaires, opérations d'intervention et de réaction rapide, neutralisation de suspects.

Utilisation dans l'armée israélienne: Utilisé pour protéger les colonies, sécuriser les sites militaires, mener des opérations offensives contre des Palestiniens présumés et garder les prisons israéliennes.

Chien de Canaan

Chien de Canaan

Origine Palestine
Hauteur 50-60 cm
Poids 18-25 kg
Couleur: blanc, noir, marron

Caractéristiques physiques et comportementales: Adapté au terrain désertique, très intelligent, doué pour la chasse et la garde, prudent et extrêmement fidèle.

Usages militaires et sécuritaires: -

Utilisation dans l'armée israélienne: Ce chien était le principal utilisé au sein de l'unité Oktez avant d'être remplacé par le Malinois belge. Israël l'utilisait pour la garde et la détection d'explosifs, mais il a ensuite été remplacé par des races plus agressives et plus rapides, telles que le Malinois.

Le journal Yedioth Ahronoth a rapporté, le 31 janvier 2024, le lancement d'une vaste opération menée par le ministère israélien de la Défense visant à acheter des chiens dressés en Europe, afin de compenser les performances jugées insuffisantes des chiens de l'unité Oketz lors de la guerre de Gaza.

Le journal indique que le directeur des achats du ministère israélien de la Défense a ordonné l'achat de chiens, en particulier de race malinois, aux Pays-Bas et en Allemagne, le processus devant débuter dans les mois à venir.

Israël ne fait pas de distinction

Le 30 juillet 2024, des chars israéliens ont encerclé le domicile de la famille Bohar, dans le quartier de Shuja'iyya à Gaza, dans le cadre d'une incursion militaire. Cette modeste famille a vécu dans la terreur pendant plusieurs jours. Le septième jour, les forces israéliennes ont pris d'assaut la maison et lâché deux chiens de guerre censés être dressés. Mais l’opération s'est terminée par la mort de Mohamed Bohar, âgé de 25 ans, atteint du Syndrome de Down, tué par les crocs et les griffes de l'un des chiens.

Nabila Bohar évoque la mort de son fils Mohamed d'une voix basse, pleine à la fois de tristesse et de colère. Son fils, aujourd’hui décédé, ne pouvait pas parler normalement et, en raison de son état, était incapable de comprendre ce qui se passait autour de lui comme les autres.

"Les soldats ont attaqué la maison comme des fous, comme des sauvages" raconte-t-elle. "Il y avait même des drones qui sont entrés dans la cuisine, et ils ont amené un chien de guerre avec eux dans le salon. Il s’est jeté sur Mohamed et l’a mordu à la poitrine… C’était un chien énorme, brun et noir… on aurait dit un loup affamé. Il s’est mis à mutiler mon fils de manière sauvage et ne voulait pas s’arrêter".

Elle raconte que le chien a serré ses mâchoires autour de la main de Mohamed et a commencé à essayer de lui arracher le bras de l’épaule. Malgré son handicap, Mohamed a tenté de se défendre et a réussi à crier quelques mots indistincts au chien: "Non, non… va-t’en", mais le chien ne s’arrêtait pas et continuait à le mordre violemment.

La mère de Mohamed, en larmes et submergée par le chagrin, raconte comment son fils a caressé le chien en lui disant : "Ça suffit, ça suffit, mon cher". Mais même après qu’il se soit effondré, inconscient, le chien a continué à lui mutiler le bras, qui saignait abondamment.

Selon Nabila, les soldats sont restés les bras croisés, indifférents à ses supplications pour qu’ils le sauvent. "Je veux aider mon fils… mon fils se vide de son sang", a-t-elle crié. Les soldats ont affirmé avoir fait venir un médecin militaire pour le soigner, mais ils ne lui ont pas permis de le voir.

"J’entendais la voix de Mohamed qui demandait de l’eau", raconte Nabila. "J’ai demandé aux soldats de le laisser boire, mais ils ont refusé et ont repoussé la bouteille. J’ai senti que ce serait la fin pour lui et, quand j’ai vu le soldat pointer du doigt, j’ai su que mon fils avait été martyrisé".

Quelques minutes plus tard, les soldats sont sortis et lui ont annoncé que son fils était mort.

Une nuit de terreur à Jénine

À l'aube du lundi 3 juillet 2023, Fatima Saleh, 58 ans, résidente du camp de réfugiés de Jénine (situé dans les limites de la municipalité de Jénine et constituant le camp le plus au nord de la Cisjordanie), a été violemment attaquée chez elle par un chien de guerre que les forces israéliennes avaient lâché lors d'une incursion.

Fatima raconte en détail comment l'attaque a commencé: "Il était énorme et noir… il s'est précipité vers moi et, avant que je puisse bouger, il a saisi ma main droite en serrant ses mâchoires avec une force incroyable. J'ai crié à l'aide, mais les soldats sont restés là à rire, ils s'en moquaient".

L'attaque s'est poursuivie, le chien la mordant à plusieurs reprises, tandis qu'elle tentait en vain de libérer sa main de ses mâchoires. Elle a supplié les soldats d'intervenir alors que la douleur et le saignement s'aggravaient. Mais, dans ce qu'elle qualifie de réaction choquante, ils ont simplement laissé le chien continuer à lui arracher la chair de la main, alors qu'elle continuait de saigner.

L'attaque contre Fatima a duré plus de 15 minutes, pendant lesquelles elle a crié à l'aide. Les soldats ont réagi avec une indifférence qui témoigne, à elle seule, d'une logique systématique d'oppression, destinée à terroriser et à soumettre les civils palestiniens.

Fatima décrit ce qui s'est passé ensuite: "Au bout de 15 minutes, l'un des soldats a essayé d'éloigner le chien, mais celui-ci l'a poussé si fort qu'il est tombé. Puis un autre soldat, armé d'un couteau, s'est approché en hurlant et j'ai cru qu'il allait me couper la main. Mais il n'arrivait pas à éloigner le chien de moi. Après vingt minutes pendant lesquelles il me mordait, et où je saignais et criais, un troisième soldat a finalement réussi à éloigner le chien de ma main".

Les blessures de Fatima étaient si graves qu'elle a dû subir plusieurs opérations et recevoir des soins médicaux intensifs pour réparer les lésions nerveuses subies aux doigts. Mais les séquelles ne sont pas seulement physiques. Elle reste hantée par le traumatisme psychologique causé par cet incident effroyable, aggravé par la cruelle indifférence dont ont fait preuve les soldats, tant pendant qu'après l'attaque.

Amani
Dawlat al-Tanani
Tahrir al-Arian

Le Dr Richard Falk, ancien Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les territoires Palestiniens, dénonce l'utilisation abusive par Israël de chiens policiers et militaires contre les Palestiniens, qualifiant cette pratique de violation flagrante du droit international et de "violation manifeste de la quatrième Convention de Genève, fondée sur le principe fondamental de la protection de la population civile".

Falk souligne que l'utilisation systématique de chiens d'attaque s'inscrit dans une stratégie israélienne plus large visant à déshumaniser les Palestiniens. "Le recours à de telles tactiques pour terroriser la population civile constitue un abus extrêmement grave. Cette pratique est utilisée depuis des années, bien avant le génocide à Gaza, mais depuis la mise en place des colonies israéliennes dans les territoires occupés".

"En réalité, les origines de cette tactique remontent aux années 1940, lorsque les milices sionistes de l'époque recouraient largement à des chiens dressés comme arme de guerre et comme moyen de réprimer une communauté sous occupation".

Les directives d’Amnesty International soulignent que l’utilisation de chiens policiers est extrêmement dangereuse et généralement contre-productive. Elles indiquent que "une fois lâchés, sans laisse ni muselière, les chiens sont pratiquement impossibles à contrôler". Amnesty International appelle à la plus grande prudence dans le recours à des chiens, avertissant qu’ils peuvent blesser des personnes qui ne représentent aucune menace.

Complicité internationale: le rôle de l'Occident dans la facilitation de la violence

Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de ‘Democracy for the Arab World Now’ (DAWN), se montre également catégorique quant à la légalité du recours aux chiens policiers dans les territoires occupés: "Les règles sont les mêmes, que l'arme soit un chien d'attaque, un drone ou un missile, le droit international humanitaire interdit le recours à la force militaire contre des civils", déclare-t-elle.

"Il n'y a aucune différence entre un chien d'attaque et un missile. Prendre des civils pour cible est interdit au niveau international". Sarah Leah Whitson

Chronologie des attaques de chiens contre des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza

2008

Attaques de colons / Attaques contre des citoyens sur leurs terres, agressions, menaces de mort et utilisation de chiens par des colons

2010

Attaques de colons / Saisie d'une maison kurde et utilisation d'un chien lors d'une attaque contre la famille, au cours de laquelle un membre de la famille a été mordu

2013

Un chien accompagnant des colons attaque un travailleur dans la colonie de Ma'ale Adumim

2015

Des colons utilisent des chiens pour attaquer un agriculteur dans la région d'Al-Malih

2017

Un agent de sécurité de la colonie de Hayhula frappe un citoyen palestinien et l'intimide à l'aide d'un chien.

2018

Des soldats de l'occupation israélienne font irruption dans un immeuble résidentiel du camp de New Askar, à l'est de Naplouse, pour rechercher Ashraf Na'alwa, accusé d'avoir tué des colons dans la zone industrielle de Barqan, dans le district de Salfit.d Lors de l’assaut, les soldats ont intimidé les habitants, détruit des biens, tiré à balles réelles et utilisé des chiens policiers et des bombes explosives. Le jeune homme Ashraf Na'alwa a été martyrisé par les balles des soldats, et l'un des chiens policiers a attaqué un citoyen nommé Bashkar, le mordant et lui infligeant une blessure à l'avant-bras gauche. Il n'a reçu aucun soin médical après son arrestation jusqu'à sa libération des prisons de l'occupation.

2019

Un colon a lâché ses chiens pour qu'ils attaquent et tuent une vache appartenant au citoyen Fathi Daraghmeh.

2020

Des colons et leurs chiens ont dispersé un troupeau de moutons appartenant à des Palestiniens, agressé un berger et renversé un autre avec un véhicule tout-terrain. Lorsqu'il a été transporté à l'hôpital, il n'a reçu aucun soin médical.

2021

Un colon a tiré sur les chiens de bergers palestiniens, et un autre a blessé un berger avec un objet tranchant.

Whitson souligne que "le fait de prendre pour cible des civils, que ce soit de manière directe ou indiscriminée, constitue une violation flagrante du droit international". Elle précise également que cette interdiction ne se limite pas aux armes conventionnelles, mais s'étend également aux animaux dressés pour attaquer.

Le recours croissant aux chiens militaires et policiers comme outils de répression contre les Palestiniens soulève des questions fondamentales quant au rôle des entreprises occidentales dans l'exportation de ces chiens vers Israël, et sur le fait de savoir si cela les rend complices de violations graves des droits de l'homme.

Patrick Wilcken, chercheur d’Amnesty International spécialisé dans les questions militaires et de sécurité, exprime de vives inquiétudes quant à la responsabilité qui incombe aux pays exportateurs de ces chiens. Il insiste sur le fait qu’ils ont l’obligation légale et morale de veiller à ce que leurs produits ne soient pas utilisés en violation des droits humains.

Wilcken souligne la grande similitude entre les lois régissant les exportations commerciales d'armes et les normes éthiques encadrant l'exportation de chiens policiers. Si des chiens sont utilisés pour blesser ou menacer des individus, les pays et les entreprises exportateurs sont tenus de prendre des mesures pour atténuer les risques, conformément aux Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme.

Wilcken ajoute que les entreprises et les États qui autorisent ces exportations pourraient être tenus légalement responsables d’avoir soutenu l’occupation israélienne, considérée comme illégale au regard du droit international. Il existe un risque évident que ces exportations contribuent à favoriser des pratiques contraires au droit international et aux droits de l’homme, les entreprises et les États devraient dès lors examiner sérieusement si leurs activités sont liées à des actes illégaux commis par Israël.

Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de DAWN, explique les implications juridiques et éthiques de l’exportation de chiens dressés vers Israël. Elle affirme sans détour que "si les exportateurs savent que ces chiens sont utilisés en violation du droit international, ils s’en rendent complices". Mais elle précise que la question dépasse largement le simple cadre de l’exportation de chiens: "Les chiens ne représentent qu’une petite partie de ce qui se passe. Des armes d’une valeur de plusieurs milliards de dollars sont envoyées à Israël, lui permettant de commettre des crimes de guerre à Gaza et en Cisjordanie".

En nous appuyant sur les législations relatives au droit d’accès à l’information, nous avons contacté les gouvernements de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Allemagne, de la République tchèque et du Royaume-Uni, en leur demandant de nous fournir les registres des exportations vers Israël d’animaux vivants classés comme chiens de service ou militaires entre 2008 et 2024. Nous avons également sollicité les noms des parties concernées, des informations sur les licences et autorisations d’exportation, les comptes rendus des discussions et des restrictions liées aux considérations en matière de droits humains, ainsi que toute communication interne ou tout document relatif aux pratiques de conformité ou aux préoccupations éthiques.

Nos demandes ont toutefois été accueillies par des réponses évasives et le déni de l’existence de telles exportations vers Israël.

Correspondance avec des organismes et des entreprises européens

États-Unis

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Pays-Bas

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Allemagne

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République tchèque

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Commission européenne

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Belgique

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Royaume-Uni

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L'Agence britannique pour la santé animale et végétale (APHA) – chargée de réglementer l'exportation des chiens – a notamment répondu: "L'APHA est en mesure de fournir des données sur le nombre de chiens exportés vers Israël comme animaux de compagnie. Cependant, les informations que l'exportateur est tenu de fournir pour obtenir un certificat sanitaire d'exportation en ligne (EHCO) se limitent à l'espèce du chien. L'APHA ne dispose donc d'aucune information permettant de déterminer si ces chiens sont classés comme chiens de service, militaires ou policiers".

Nous les avons recontactés pour leur demander ces chiffres, et ils ont répondu: "En raison de notre politique de conservation des données, l’APHA ne peut fournir des informations qu’à partir de février 2022. Au total, 294 chiens ont été exportés vers Israël comme animaux de compagnie entre le 01/02/2022 et le 31/12/2024".

L'Agence fédérale Belge pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) a répondu: "Nous avons le regret de vous informer que nous ne sommes pas en mesure de vous transmettre ces informations".

Nous avons recontacté l'AFSCA pour lui demander le nombre de chiens exportés entre octobre 2023 et mai 2025, mais elle a répondu: "Nous avons examiné votre nouvelle demande de manière approfondie et avons conclu que nous devions la rejeter, étant donné que la collecte des documents demandés prendrait à nouveau un temps déraisonnable. Nous estimons que cela nécessiterait environ 10 employés, qui seraient alors empêchés d’exercer leurs tâches principales".

Nous avons demandé au ministère de l’Industrie et du Commerce de la République tchèque des données sur l’exportation de chiens policiers vers Israël entre 2008 et 2024, et il nous a renvoyés vers le ministère de l’Agriculture. Nous avons alors écrit à l'Autorité tchèque d'inspection agricole et alimentaire, mais nous n'avons toujours pas reçu de réponse. Nous avons également contacté l'Administration vétérinaire nationale afin d’obtenir le nombre de certificats vétérinaires délivrés pour des chiens exportés vers Israël au cours des dernières années, mais nous n'avons reçu aucune réponse.

Le ministère tchèque de l'Intérieur a, de son côté, démenti que des chiens policiers aient été exportés vers Israël: "Nous devons vous informer que vos informations sont fausses! Il est strictement interdit d'exporter des chiens policiers vers d’autres pays. C'est impossible. Toute affirmation contraire est totalement fausse".

Mais selon des informations publiées dans la presse israélienne, 20 chiens provenant de la République tchèque sont arrivés en Israël en août 2016, et 28 autres ont rejoint Israël depuis la République tchèque en décembre 2018.

Nous avons également contacté les autorités douanières allemandes, qui nous ont répondu: "Les douanes ne disposent d’aucune statistique d’exportation spécifique à ce sujet et nous vous prions de bien vouloir comprendre que, pour des raisons liées à la protection des données, nous ne pouvons pas fournir de détails sur chaque dossier douanier individuel".

Le ministère fédéral allemand de l'Alimentation et de l'Agriculture nous a répondu: "Nous ne disposons d'aucune information à ce sujet". Le ministère fédéral de l'Intérieur et de la Société (BMI) a également indiqué: "Nous ne disposons d'aucune information concernant l'exportation de chiens policiers ou militaires d'Allemagne vers Israël, ni sur les parties impliquées. Par conséquent, nous ne disposons d'aucune information sur la manière dont ces chiens sont utilisés en Israël. Nous ne possédons pas non plus de rapports internes ou d'informations à ce sujet".

Quant à la question de la possibilité d'exportations de chiens vers Israël, nous avons été renvoyés vers le ministère allemand de la Défense, qui a répondu: "Le ministère de l'Intérieur vous a déjà fourni une réponse".

Dans une réponse officielle à nos demandes, Engelbert Uphues, propriétaire de la société allemande Diensthunde.eu, a confirmé que son entreprise avait exporté des malinois belges et des bergers allemands vers Israël. Il a souligné que le rôle de son entreprise se limitait strictement au dressage et à l'exportation de chiens destinés exclusivement à la détection d'explosifs et de stupéfiants, à l'exclusion de toute formation ou vente de chiens à des fins de protection ou d'attaque. Uphues a affirmé qu'entre 2020 et 2024, son entreprise avait fourni un nombre limité de chiens dressés à des institutions israéliennes ou à des parties affiliées, par l'intermédiaire d'intermédiaires agréés et dans le plein respect de la législation allemande.

Uphues a également nié avoir conclu des contrats directs avec le ministère israélien de la Défense ou la police, et a souligné qu’aucune directive gouvernementale n’avait été émise pour suspendre les exportations. Il a par ailleurs précisé que l’entreprise n’exerçait aucun contrôle sur l’utilisation des chiens après leur exportation, mais qu’elle respectait le principe du bien-être animal. "Nos chiens ne sont pas dressés pour des missions d'attaque ou de maintien de l'ordre", a-t-il affirmé, "nous estimons donc que notre travail n'a aucun lien avec les allégations concernant l'utilisation de nos chiens dans des actes ayant causé du tort à des civils".

Nous avons également demandé à la Direction générale du commerce de la Commission européenne de nous fournir des données sur les exportations de chiens policiers depuis les pays de l'UE, mais elle nous a répondu: "Il n'existe aucun document correspondant à votre demande".

Alors que les témoignages faisant état de l'utilisation de chiens d'attaque contre des Palestiniens se multiplient, le Dr Richard Falk, ancien rapporteur spécial des Nations unies sur les territoires palestiniens, a vivement critiqué les pays occidentaux qui fournissent à Israël ces chiens dressés.

"Du point de vue du droit international général, je n'ai aucun doute sur le fait que les entreprises qui exportent ces chiens sont complices, car elles savent exactement comment ils sont utilisés. De nombreuses informations montrent que les Pays-Bas sont impliqués dans cette pratique, en dressant ces chiens puis en les vendant à Israël", affirme Falk.

Des entreprises néerlandaises au cœur du scandale

Le Dr Falk met notamment en avant des entreprises néerlandaises telles que Four Winds K9, qui a fait l'objet de vives protestations en raison de son rôle dans l'exportation de chiens d'attaque vers Israël. "Cette entreprise a indirectement reconnu sa responsabilité lorsqu’elle a conclu un accord financier (11 000 euros) avec une victime palestinienne d’une attaque par un chien policier (Hamzeh Hashim, qui avait 16 ans au moment de l’attaque en 2015). Elle a tenté de présenter cela comme un geste de bonne volonté plutôt que comme une obligation légale, mais cela ne constitue pas un moyen de défense en droit. Cet accord est une preuve de connaissance et de complicité", affirme Falk.

Malgré les tentatives de l’entreprise néerlandaise de dissimuler ses liens avec Israël, des preuves révèlent un partenariat de longue date avec l’armée israélienne. Cela ressort clairement d’une lettre envoyée par l’entreprise en 2017 au ministère israélien de la Défense au sujet de l’affaire Hamzeh Hashim, dans laquelle il est écrit: "Compte tenu de notre relation qui s’étend sur près de 25 ans, nous espérons et attendons de votre gouvernement qu’il apporte le soutien nécessaire pour résoudre cette affaire".

Par ailleurs, Tony Boeyen, propriétaire de Four Winds K9, a révélé que son entreprise avait fourni à Israël des dizaines de chiens dressés pendant plus de 23 ans, selon un article publié par le journal néerlandais NRC en 2015.

Wassila Hachchi, ancienne députée néerlandaise du parti D66, souligne les risques liés à l'utilisation de ces chiens: "Les gens minimisent la manière dont ces chiens sont utilisés. Mais en réalité, ce sont des armes. Ils sont dressés pour attaquer, et les dommages qu'ils infligent, tant physiques que psychologiques, sont très graves".

Hachchi a soulevé cette question pour la première fois au Parlement néerlandais en octobre 2015, après avoir reçu des informations d'organisations de défense des droits de l'homme indiquant que des entreprises néerlandaises exportaient des chiens policiers vers Israël: "Je n'ai obtenu aucune réponse claire. Puis, quelques mois plus tard, j'ai reçu une réponse écrite du ministre. Une longue lettre bureaucratique qui n'allait pas au fond du problème. Et cela en dit long".

Le 25 janvier 2025, nous avons demandé aux services douaniers néerlandais de nous indiquer combien de chiens policiers avaient été exportés des Pays-Bas vers Israël entre 2010 et 2024. Mais le 5 février 2025, ils nous ont répondu qu'aucune exportation n'était répertoriée sous les catégories "chiens militaires" ou "chiens policiers", mais plutôt sous celle des "animaux vivants", sous le code 01061900.

Les services douaniers ont ajouté: "Nous ne sommes généralement pas en mesure de vous fournir des détails concernant les exportateurs et les importateurs en raison de règles strictes de confidentialité. Nous ne pouvons pas commenter des cas individuels ni communiquer de noms, d’adresses ou de détails relatifs aux licences ou permis approuvés. De plus, aucun permis ni aucune licence ne sont requis pour l’exportation de chiens, y compris les chiens de service. Les chiens ne figurent nisur la liste commune des équipements militaires de l’UE, ni sur la liste commune des biens à double usage. Ils ne sont donc pas classés comme des biens stratégiques nécessitant un permis ou une licence".

Nous avons reçu une réponse similaire de la part du ministère néerlandais du Commerce extérieur et de la Coopération au développement. Celui-ci a indiqué que, bien que des démarches aient déjà été entreprises afin d’examiner la possibilité de classer les chiens parmi les substances contrôlées, cela nécessiterait des accords internationaux, qui n’ont pas encore été mis en place.

Le groupe de réflexion néerlandais SOMO (Centre de recherche sur les entreprises multinationales) a néanmoins réussi à obtenir des informations de l'Autorité néerlandaise de sécurité des aliments et des produits de consommation (NVWA), révélant l'ampleur des exportations de chiens policiers et militaires vers Israël entre octobre 2023 et février 2025. Au cours de cette période, la NVWA a délivré un total de 110 certificats vétérinaires, documents requis pour l'exportation de chiens vers Israël par des entreprises néerlandaises spécialisées dans le dressage de chiens militaires et policiers.

La grande majorité de ces certificats, soit 100, a été délivrée à Four Winds K9. Police Dogs Centre Holland en a reçu quatre, tandis que six autres ont été attribués à K10 Working Dogs. Ces chiffres témoignent de la poursuite et de l’intensification de la coopération entre le secteur néerlandais de la sécurité et l'armée israélienne.

Nous avons analysé les états financiers de Four Winds K9 BV, enregistrés en 2017 auprès de la Chambre de commerce des Pays-Bas, et constaté que les actifs financiers de l’entreprise avaient connu une croissance régulière pendant sept ans.

Mais l'examen de ces données a également fait apparaître des indicateurs inquiétants et mystérieux, tant sur le plan opérationnel que financier. Le total des actifs de l’entreprise est passé de 473 173 euros en 2017 à 2,18 millions d'euros en 2023, soit une multiplication par près de cinq. Cependant, ses états financiers ont révélé des augmentations inexpliquées des créances de l’entreprise, en particulier entre 2022 et 2023 (passant de 592 692 euros à 750 626 euros). La forte hausse des dettes à court terme, combinée à une baisse de la liquidité en 2023, suggère de sérieuses pressions sur la trésorerie. Pris ensemble, ces indicateurs appellent à une enquête approfondie, non seulement sur les pratiques financières de Four Winds K9, mais aussi sur ses opérations internationales liées au transport de chiens vers des destinations controversées, notamment Israël.

Le site web de l'entreprise montre également qu'elle a étendu ses activités au-delà de l'Europe. Elle a enregistré une autre société au Nigeria sous le nom de “United Winds K9 Nigeria” et, en 2015, a ouvert une succursale dans la région du Kurdistan irakien, sous le nom de “United K9 Kurdistan”. Ce qui est surprenant, c'est que des numéros de téléphone aux Émirats arabes unis figurent aux côtés des numéros néerlandais. L’entreprise a enregistré une succursale aux Émirats arabes unis en 2018 sous le nom de “Four Winds DiagNose K9 Solutions LLC”, révélant ainsi l'expansion de ses activités au Moyen-Orient.

Nous avons contacté Four Winds K9, mais, jusqu’à la date de publication de ce rapport, nous n’avons reçu aucune réponse. Nous avons également écrit à Police Dogs Centre Holland et à K10 Working Dogs pour leur demander de s’exprimer sur l’envoi de chiens policiers à l’armée israélienne, mais, là encore, nous n’avions reçu aucune réponse à la date de publication de ce rapport.

Le 11 septembre 2024, la députée Christine Teunissen (du parti pour les animaux, PvdD) a déposé une demande d’interpellation du ministre néerlandais de la Défense au sujet de l'exportation de chiens de combat par des entreprises néerlandaises vers l'armée israélienne, en s’appuyant sur des incidents documentés survenus à Gaza, notamment le meurtre de Mohamed Bohar, atteint du syndrome de Down, ainsi que l'attaque contre Dawlat al-Tanani par des chiens de guerre israéliens.

Le 4 octobre 2024, la ministre néerlandaise du Commerce extérieur et du Développement, Reinette Klever, a répondu en reconnaissant qu’elle avait connaissance de ces incidents, tout en évitant d’établir un lien entre les chiens impliqués et ceux exportés depuis les Pays-Bas. Elle a souligné que les chiens dressés ne sont pas classés comme des biens stratégiques ou des biens à double usage soumis à contrôle en vertu de la réglementation européenne.

Dans une interview, la députée néerlandaise Christine Teunissen (du Parti pour les animaux, PvdD) nous a expliqué que les chiens exportés ne sont pas légalement classés comme des armes ou des biens à double usage, mais comme des animaux de compagnie, ce qui permet de les exporter sans véritable contrôle. Elle a ajouté: "Lorsque nous commencerons à traiter ces chiens comme des armes, la loi changera automatiquement... Le fait que nous continuions à les classer comme animaux de compagnie nous rend complices de crimes de guerre".

La députée a souligné que la législation néerlandaise réglemente strictement l'exportation d'armes, et s'est interrogée sur les raisons pour lesquelles ces chiens ne sont pas traités avec le même degré de sérieux.

Comparant la manière dont l'Occident traite les crimes commis en Ukraine et en Palestine, Teunissen a critiqué le double standard: "Il y a une contradiction entre la position adoptée par l'Europe face aux crimes de Poutine et à ceux de Netanyahu... Comment les Pays-Bas, qui abritent la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice, peuvent-ils fermer les yeux sur leur rôle dans ces violations du droit? C'est honteux".

L'UE et la responsabilité juridique

Bien que les entreprises et les responsables européens s'efforcent de nier ou de dissimuler l'exportation de chiens policiers vers Israël, Sarah Leah Whitson estime que des responsables de l'UE pourraient être tenus pour responsables: "Les responsables européens qui aident Israël à commettre des crimes de guerre et des violations du Statut de Rome pourraient se retrouver poursuivis devant la Cour pénale internationale (CPI) pour complicité dans la commission de ces crimes".

Un cycle de violence sans fin

Le "système israélien" consistant à lâcher des chiens féroces et sans muselière sur des civils palestiniens lors d’invasions de leurs domiciles a été vivement critiqué, tout comme l’indifférence manifestée face au comportement de ces chiens, ou peut-être même leur dressage délibéré pour attaquer sauvagement leurs victimes.

Alana Linsay Stevenson, experte en comportement canin, explique que certains programmes de dressage recourent à des méthodes brutales telles que le "helicoptering", une pratique consistant à étrangler le chien pour le soumettre. Elle précise: "Certaines méthodes de dressage amènent les chiens à associer la douleur à la peur. Les punitions physiques sont utilisées comme une menace pour les forcer à obéir aux ordres. C’est un dressage fondé sur le contrôle, et non sur la compassion".

Une enquête menée en 2008 auprès de 303 dresseurs de chiens militaires belges a révélé que les méthodes d'entraînement brutales étaient moins efficaces que le renforcement positif et pouvaient même constituer une menace pour le bien-être des chiens. L'enquête a montré que les méthodes de punition les plus couramment utilisées consistaient à tirer sur le collier et à utiliser des colliers étrangleurs pour contrôler les chiens – des pratiques visant à les dominer plutôt qu'à instaurer une relation de confiance.

"Une fois qu’un chien apprend que l’agressivité lui vaut une récompense", explique Alana Stevenson, "il ne peut plus mettre fin à ce comportement. Il se retrouve piégé dans un cercle vicieux dont on ne peut le sortir qu’en le retirant complètement de l’environnement qui renforce ce schéma comportemental".

Des lois non appliquées

À l'instar du recours généralisé par Israël à des chiens policiers dans les territoires palestiniens, le déploiement de ces chiens dans les zones de conflit soulève de sérieuses questions quant aux lacunes du droit international et des mécanismes d'application. Malgré l'existence de traités internationaux, tels que le Traité sur le commerce des armes (TCA), et de réglementations de l'UE interdisant l'exportation de tout équipement ou article destiné à être utilisé en violation des droits de l'homme, la réalité est que ces lois ne sont pas correctement appliquées.

Bien que l'UE impose des restrictions claires concernant l'exportation d'articles à usage militaire vers des pays coupables de violations graves des droits humains, des rapports montrent que des chiens dressés continuent d'être exportés vers Israël par des entreprises européennes, sans véritable obligation de rendre des comptes.

Patrick Wilcken, chercheur à Amnesty International, estime que ces lois sont solides sur le papier, mais que leur mise en œuvre reste dramatiquement insuffisante. Les entreprises et les gouvernements doivent donc veiller à un respect strict de ces règles afin de ne pas se rendre complices de tels abus.

"L'État partie exportateur doit également examiner s'il existe des mesures susceptibles d'atténuer les risques identifiés aux alinéas a) ou b) du paragraphe 1, telles que des mesures de confiance ou des programmes élaborés conjointement et approuvés par les États exportateurs et importateurs". Article 7, paragraphe 2, du Traité sur le commerce des armes.

Nous avons contacté la Commission européenne, la commission des droits de l'homme du Parlement européen et le Service européen pour l'action extérieure (SEAE) afin d'obtenir leurs commentaires sur l'exportation de chiens européens vers Israël et sur leur utilisation dans la commission d’abus, mais nous n'avions reçu aucune réponse à la date de publication du présent rapport.

Dans son rapport du 24 août 2023, la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la torture, Alice Jill Edwards, a appelé à l'interdiction de certains articles utilisés pour commettre des violations des droits de l'homme. Elle n'a toutefois fait aucune référence aux chiens militaires ou policiers.

Lorsque nous l'avons contactée afin d’obtenir son avis sur cette lacune juridique, Edwards a demandé des preuves documentaires attestant de l’utilisation de chiens lors d'attaques contre des Palestiniens. Elle a également exprimé son intérêt pour cette enquête une fois publiée, afin d'examiner si elle pourrait être utilisée pour demander des comptes à Israël.

Patrick Wilcken propose d'élargir les cadres juridiques actuels afin d'y inclure explicitement les chiens militaires. "Alors que les armes conventionnelles sont strictement réglementées, les outils utilisés par les forces de l'ordre – comme les chiens – ne font toujours pas l'objet d'un contrôle rigoureux. Ils devraient être intégrés aux traités internationaux encadrant leur utilisation, afin d'empêcher qu'ils ne soient utilisés en violation des droits humains", a-t-il déclaré.

Les maisons palestiniennes ne sont désormais plus en mesure de protéger leurs habitants des crocs de chiens policiers dressés. Le droit international n’est pas parvenu à empêcher ces chiens "déchaînés" de déchiqueter les corps de Palestiniens à l’intérieur même de leurs maisons, désormais assiégées et transformées en centres de détention.

Aziza Nofal (Cisjordanie) et Zarifa Hassan (Gaza) ont contribué à cette enquête.

Cette enquête a été réalisée avec le soutien de l'ARIJ.

Cette enquête a été publiée en anglais sur les sites suivants:
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