Lacunes, faits et chiffres
Alors que nous finalisions cette enquête, le Conseil du
gouvernement marocain a approuvé, le 20 octobre 2025, le projet de
loi n° 53.25 visant à modifier et à « compléter » la loi organique
n° 27.11 relative à la Chambre des représentants. L’article 40
prévoit que « toute personne qui publie des publicités politiques
sponsorisées ou du matériel de campagne électorale sur des
plateformes ou des sites web étrangers » est passible d’une amende
de 50 000 à 100 000 dirhams (environ 5 400 à 10 800 dollars).
Le projet de loi n° 53.25 inclut également les réseaux sociaux et
les outils d’intelligence artificielle (IA) dans la définition des
sondages d’opinion figurant à son article 115. Il stipule que leur
utilisation est interdite au cours des 15 derniers jours de la
campagne électorale précédant le scrutin.
À l’exception du nouvel amendement apporté à l’article 40 du
projet de loi, qui concerne l’utilisation de publicités payantes
sur des plateformes et sites web étrangers, ainsi que des
dispositions de l’article 51 relatives à l’utilisation des réseaux
sociaux, des outils d’IA et des systèmes d’information pour
diffuser de fausses informations ou recourir à d’autres formes de
tromperie afin d’influencer les électeurs ou de les dissuader de
voter, il n’existe aucune disposition légale interdisant aux
entreprises privées ou aux réseaux de faux comptes de mener des
campagnes coordonnées visant à amplifier la portée de
publications, à diffuser une propagande algorithmique ou à
promouvoir la désinformation au profit de certains acteurs
politiques.
Selon le rapport de 2020 intitulé « Global Inventory of Organized
Social Media Manipulation » (Inventaire mondial de la manipulation
organisée sur les réseaux sociaux) publié par l’Oxford Internet
Institute, plus de 65 entreprises ont vu le jour depuis 2018,
proposant aux acteurs politiques des services commerciaux de
manipulation de l’information.
Le rapport analyse les activités de ces « cyberforces » dans 81
pays, où elles s’emploient à diffuser de la propagande politique
en ligne pour le compte d’un large éventail d’acteurs politiques.
Le rapport montre comment les opérations d’influence politique en
ligne se sont institutionnalisées et systématisées, et comment
elles sont gérées par des équipes spécialisées financées par des
gouvernements ou des partis politiques afin d’influencer les
élections, les crises politiques, les mouvements de protestations
et, parfois, les relations internationales. Elles s'appuient à la
fois sur des comptes en ligne automatisés et des comptes gérés par
des personnes, réelles ou fictives, afin d’amplifier certains
discours tout en étouffant et affaiblissant simultanément d'autres
discours.
Selon un rapport publié par Meta en 2021, 385 comptes et six pages
Facebook ont été supprimés. La plupart étaient basés au Maroc et
ciblaient un public local, en cherchant à tromper les utilisateurs
au moyen de faux comptes.
Conformément au droit de réponse, nous avons transmis les
conclusions de notre enquête, accompagnées de nos questions, au
secrétaire général du RNI et chef du gouvernement, Aziz
Akhannouch, à l’adresse e-mail officielle du parti. Nous lui
avons également envoyé une lettre recommandée avec accusé de
réception et avons tenté de le joindre à plusieurs reprises par
téléphone, sans obtenir de réponse.
Nous avons procédé de la même manière avec le secrétaire d’État
chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire,
Lahcen Saadi, ainsi qu’avec Khalid Al-Ajili, candidat du parti
dans la circonscription de Fès-Sud. Aucun d’eux n’a donné suite
à nos sollicitations.
Nous avons également envoyé un e-mail à Meta, mais nous n'avons
reçu aucune réponse.
Cette enquête a été publiée en arabe sur: