Engagement du gouvernement Egyptien
Les données montrent que les projets menés par des entreprises dans
lesquelles le gouvernement Egyptien détient une participation
représentent environ un tiers de la superficie totale réservée aux
villages touristiques, qu'ils soient achevés ou en cours de
développement. Ces projets occupent environ 13 kilomètres de front
de mer.
La ‘New Urban Communities Authority’ détient la part majoritaire
dans New Alamein City, lancée en 2018, par le biais du portefeuille
de projets City Edge, détenu par le gouvernement égyptien. La
Housing and Development Bank est le deuxième investisseur en
importance dans New Alamein City, où les prix unitaires d’un bien
immobilier commencent à 16.8 millions de livres égyptiennes.
La ville, qui est encore en construction sur un site d'environ 200
000 dunams (soit 200 kilomètres carrés), comprend de nombreuses
installations touristiques et de divertissement, des établissements
d'enseignement et une voie de promenade de 14 kilomètres de long sur
la côte méditerranéenne.
Le gouvernement participe également à quatre autres projets avec le
secteur privé, par l'intermédiaire de Hyde Park Real Estate
Development et de la Banque nationale d'Égypte, toutes deux détenues
par l'État. À cela s'ajoutent les projets menés par Saudi Egyptian
Developers (SED), selon la base de données couvrant 106 projets
touristiques sur la côte nord.
En 2020, un décret présidentiel a transféré la propriété d'une
partie de la côte nord-ouest à la New Urban Communities Authority,
dans le but d'y établir de nouvelles communautés. Une superficie
d'environ 707 200 feddans a été attribuée à cette autorité.
Le plus grand projet dans lequel le gouvernement est impliqué, en
partenariat avec l'homme d'affaires Hisham Talaat Moustafa, est
SouthMED Village, qui a été lancé en 2024. Le projet est évalué à
environ 21 milliards de dollars. Il occupera 23 millions de mètres
carrés et comprendra une grande marina internationale pour les
yachts et les bateaux de croisière.
L'indemnisation offerte aux habitants du village de Jemima, où le
projet sera construit, s'élevait entre 3 000 et 7 000 livres
égyptiennes par mètre carré (62 à 145 dollars). Dans le même temps,
le groupe Talaat Moustafa Holding a annoncé un chiffre d'affaires de
200 milliards de livres égyptiennes en seulement six jours. Et le
projet devrait finalement rapporter un total de 1 600 milliards de
livres égyptiennes (33,15 milliards de dollars).
Qui est responsable de l'impact environnemental ?
Une étude d'impact environnemental est une condition préalable à
l'obtention d'un permis de construire pour les villages et complexes
touristiques en Égypte, conformément aux dispositions d'application
de la loi n° 4 de 1994 sur l'environnement, modifiée par la loi n° 9
de 2009. Ces études doivent être réalisées sous la supervision de
l'Agence égyptienne des affaires environnementales (EEAA).
Les villages touristiques sont classés dans la catégorie (b) ou (c)
selon plusieurs critères, dont les plus importants sont la taille et
la situation géographique du projet. Les villages de petite ou
moyenne taille appartiennent à la catégorie (b), tandis que les
grands villages ou ceux qui sont situés dans des zones
écologiquement sensibles, telles que les côtes ou les réserves
naturelles, sont classés dans la catégorie (c). Les projects des
villages touristiques s'agit de projets ayant le plus grand impact
sur l'environnement et qui nécessitent donc des conditions strictes
et des examens approfondis, conformément aux lignes directrices de
l'EEAA couvrant les principes et les procédures d'évaluation de
l'impact environnemental. Dans ce type de projets, une "consultation
publique" des populations locales est nécessaire afin de les
impliquer, aux côtés des autorités compétentes, tant au stade de la
planification que de la mise en œuvre.
Sahar Mehanna, ancienne responsable de la division Pêche à
l'Institut national d'océanographie et de pêche, précise que les
évaluations doivent stipuler que le projet ne cause aucun dommage ni
érosion au site, et que les travaux n'ont aucun impact sur la vie
marine et l'écosystème. Elle ajoute que les projets doivent
également respecter la législation environnementale, qui interdit la
pollution, en gérant les déchets sans les rejeter dans les cours
d'eau et en effectuant des analyses du sol et de l'eau.
Sahar ajoute que tous les projets doivent faire l'objet d'une étude
d'impact environnemental et qu'aucun travail ne doit commencer tant
que l'étude n'a pas confirmé que le projet n'aura pas d'incidence
sur la vie et les organismes aquatiques. Une institution
gouvernementale doit également approuver l'étude.
Elle a également expliqué que les travaux de construction ne doivent
pas endommager la nature dans la région ni modifier l'environnement,
que ce soit par la remise en état ou l'extension des terres. Ils ne
doivent pas non plus causer l'érosion des plages ni affecter la vie
marine et l'écosystème local.
Des modifications majeures introduites en 2009 à la loi sur les
études d'impact environnemental, ont transféré la responsabilité de
la réalisation de ces études de l'agence gouvernementale compétente
au propriétaire du projet. La loi stipulait auparavant que
"l'autorité administrative ou l'autorité délivrant les licences
compétente doit évaluer l'impact environnemental de l'installation".
Mais elle exige désormais que "toute personne physique ou morale,
publique ou privée, soumette une étude d'impact environnemental pour
l'installation". Le rôle de l'organisme administratif consiste
désormais à évaluer la demande du propriétaire de l'installation,
conformément aux articles 19 et 20 des modifications apportées à la
loi n° 9 de 2009 sur l'environnement. Cela correspond à la
conclusion d'une étude réalisée par l'organisation ‘Human and the
City for Social Research’ in Egypt (2025).
Sahar Mehanna affirme que les investisseurs se sont rendus coupables
d'infractions, telles que l'installation d'échafaudages qui érodent
le sol ou le déversement de déchets dans la mer. "Les gens peuvent
installer des échafaudages en un clin d'œil, ce qui devient alors un
fait accompli", dit-elle.
Risques environnementaux
La construction de complexes touristiques et de lieux de
divertissment est apparue comme l'une des menaces pesant sur le
littoral méditerranéen nord-ouest de l'Égypte. Une érosion côtière a
été observée entre 1990 et 2020, selon une étude menée par des
chercheurs de l'université d'Alexandrie et du Centre national de
recherche sur l'eau en Égypte, publiée en 2023 dans la revue
‘Regional Studies in Marine Science Environmental Risks’.
Cette étude, qui se concentre sur la zone située entre Dabaa et Ras
El-Hekma, a révélé que la période comprise entre 2010 et 2020 a
connu le taux d'érosion des plages le plus élevé, avec une perte de
1,12 mètre par an.
Une étude égyptienne publiée dans le ‘Journal of the Faculty of
Arts’ de l'université de Beni Suef a également montré qu'entre 2016
et 2023, l'intervention humaine a considérablement affecté la
"morphologie" du littoral nord entre la ville d'El Alamein et Sidi
Abdel Rahman.
Cette intervention était liée à la construction et au développement
de villages et de stations touristiques. Certains de ces projets
comprenaient la création de nouvelles plages et leur protection
structurelle, la construction de marinas pour yachts et de lacs
côtiers et leur raccordement à la mer par des canaux, ainsi que la
construction sur la plage elle-même. Tout cela a entraîné une
érosion nette des plages d'environ 662,6 mètres au cours des huit
années comprises entre 2016 et 2023, soit le taux d'érosion le plus
élevé enregistré au cours de la période couverte par l'étude entre
1996-2023.
Ezz El-Din Gomaa, un quadragénaire originaire de Matrouh qui
travaille comme pêcheur et plongeur depuis 26 ans, affirme que
l'expansion des projets touristiques a eu un impact profond sur
l'environnement marin, en raison du rejet des eaux usées dans la
mer, des déchets pétroliers et plastiques et des ordures jetées sur
les plages.
Il explique également que l'érosion des sols causée par les
constructions liées au tourisme a entraîné l'accumulation de couches
de calcaire dans la mer. Cela a créé un environnement impropre à la
vie de certaines espèces de poissons comme le bar et le mérou, qui
se sont ainsi raréfiés.
Gomaa a souligné que les pêcheurs se sont vu refuser l'accès à
environ 80% des plages de Matrouh, en raison des nouveaux villages
touristiques construits dans des zones telles que Ras El-Hekma,
Jemima, Sidi Abd al-Rahman, Sidi Heneish et Bagoush. Cela a causé
des problèmes aux pêcheurs, car certains propriétaires de complexes
touristiques alertent les forces de sécurité lorsque des bateaux de
pêche s'approchent, ce qui entraîne la confiscation du matériel et
des bateaux. Gomaa en a fait l'expérience personnellement à
plusieurs reprises.
Ahmed Hussein (nom d'emprunt), originaire de Matrouh, déclare: "Nous
ne pouvons plus faire des activités normales, comme pêcher, nager ou
faire des safaris. Et cela s'ajoute aux prix astronomiques qu'ils
pratiquent pour leurs services, comparés au reste du pays". Il
ajoute: "Depuis un an et demi, je n'ai pas pu emmener ma famille à
la mer".
Le rocher "Laila Mourad" est toujours là. Mais on ne peut plus y
aller gratuitement, car toute personne souhaitant y grimper doit
d'abord payer pour accéder à la plage.