L'illusion du commerce et du recyclage des vêtements usagés en Europe
Dans un entrepôt situé à la périphérie de Palma, à Majorque, les employés de la Fondation Deixalles courent cotre la montre face à un flux incessant de. chemises en coton, de pulls en acrylique et de jeans en polyester, tandis que les trieurs les classent frénétiquement selon leur qualité, leur taille et leur état. L'objectif semble simple: préparer ces vêtements à la revente à des Européens désireux d'adopter une mode plus durable. Après tout, 87% des Européens déclarent acheter des vêtements d'occasion dans une logique de consommation durable.
Mais Maria Suau, qui supervise les opérations de cette petite entreprise sociale à but non lucratif, connaît la vérité qui se cache derrière les tables de tri. Ils croulent sous l’afflux des produits textiles à recycler.
"Il y a trois ans, nous collections de manière sélective environ 14 à 15% des déchets textiles générés, et nous étions complètement débordés", explique-t-elle en observant les montagnes de tissus qui l'entourent. "Imaginez ce qui se passera lorsque nous devrons commencer à collecter les 80% restants qui finissent actuellement dans les décharges ou les incinérateurs. Cette collecte obligatoire des textiles nous inquiète vraiment".
Maria fait référence à la directive-cadre de l'Union Europèene relative aux déchets (DCD), qui impose aux États membres, depuis le début de 2025, de collecter séparément tous les textiles, un élément centrale de la vision de Bruxelles en matière d'économie circulaire. Sur le papier, cette politique promet la durabilité; En pratique, elle pourrait alimenter unne tout autre réalité: un détourn à forte intensité carbone qui compromet les propres objectifs climatiques de l'Union Europèene.
Face à l’incapacité de gérer cet afflux massif de vêtements, certains centres de tri ont commencé à les envoyer vers les zones franches de Dubaï, ou les zones de traitement des exportations du Pakistan où ils sont triés et commercialisés loin de tout contrôle européen.
Selon un rapport publié en 2023 par Oxford Economics, les Émirats arabes unis, étaient la première destination non européene pour les exportations de vêtements d'occasion provenant des pays de l'UE27+, suivis par le Pakistan. La plupart de ces vêtements ne sont pas réutilisés localement: ils sont triés et réexportés vers des marchés Africains tels que le Kenya, le Mozambique et la Tanzanie.
Vingt-huit AirTags dissimulés dans des vêtements donnés à travers l'UE ont permis de retracer ces itinéraires sinueux. Douze d'entre eux ont refait surface aux Émirats arabes unis, au Pakistan, au Maroc, en Tunisie, au Sri Lanka et en Europe de l'Est, révélant ainsi l'existence d'une chaîne d'approvisionnement parallèle qui fonctionne loin de l'économie circulaire envisagée par Bruxelles.
Certains de ces vêtements exportés reviennent en Europe, bouclant ainsi une forme de “circularité” déformée qui multiplie les émissions du carbone au lieu de les réduire. Selon une analyse de l'empreinte carbone commandée par FTM, le tri aux Émirats arabes unis triple les émissions par rapport au traitement local, et les multiplie par douze s'il est effectué par avion.
"L'objectif des nouvelles règles est d'améliorer la durabilité et de réduire l'empreinte carbone de l'industrie textile", a souligné la députée européenne social-démocrate Suédoise Helene Fritzon. "Le transport de marchandises à destination et en provenance de l'Europe risque clairement de compromettre cet objectif".
Alors que l'UE s'apprête à inonder un système déjà saturé de millions de tonnes supplémentaires de textiles collectés, une question s'impose: la vision européenne de l'économie circulaire favorise-t-elle réellement la durabilité, ou ne fait-elle que prolonger et polluer davantage la chaîne d'approvisionnement sous couvert d'un discours écologique?